Napoléon III a toujours porté à l’Algérie et à ses options politiques un
intérêt particulier d’autant plus que la situation des autochtones était grave. Dépouillés, appauvris, perturbés dans leurs traditions et leurs mœurs, ils souffraient d’un système rigoureux et du cantonnement colonial.
Aussi l’Empereur décida-t-il d’effectuer des voyages pour connaître, constater,écouter et réunir des documents. Ainsi les deux déplacements en Algérie constituaient-ils un événement très important. Le premier eut lieu à Alger en 1860 mais il fut bref. Le second en 1865 permit à l’Empereur de découvrir le pays. Le voyage qui nous intéresse ici est la virée à Relizane. L’Empereur renonça à effectuer le trajet Miliana-Relizane par la vallée du Chellif « mesure de sécurité oblige ». Il gagna donc Oran par mer. D’Oran, il se rendit à Messerghine puis à Bel Abbès, à Sig, à Mostaganem enfin à Relizane. Le maréchal Randon, ministre de
la Guerre , sceptique sur ce déplacement, estimait qu’au lendemain d’une grave insurrection - La révolte des Ouled Sidi Cheïkh en 1864 - l’Empereur risquait de trouver l’Algérie pas comme il devrait la voir pour « comprendre son passé et fonder des espérances légitimes sur son avenir » Par contre, MacMahon alors gouverneur de l’Algérie pensait le contraire. Cependant, pour connaître ces fameuses six heures de Relizane dont nous parlons et d’une mésaventure jamais arrivée à un chef d’Etat, il convient d’évoquer les douloureux moments vécus par la région et d’en citer les principales étapes. Relizane fut fondée sur l’emplacement de l’antique Castellum romain de Mina et la cité Chlef. Quelques dates aideraient à comprendre les évènements qui suivront. En 1840, les indigènes vivaient surtout de l’élevage, car l’agriculture était menacée très souvent par de fréquentes sécheresses. Quatre mille tentes et gourbis abritaient cette population autour de la future ville. En 1844, le génie français réparait l’ancien barrage en maçonnerie (les anciens ouvrages hydrauliques rétablis en partie au XVIIIe siècle). En 1853, les premiers Européens s’installaient dans la plaine et cultivaient de petites superficies en blé et en orge plus quelques surfaces de tabac vite abandonnées (le paludisme décimait à l’époque des populations entières). Mais la création de Relizane n’était décidée que le 24 janvier 1857. Depuis, certaines maisons construites après le chemin de fer Alger- Oran lui donnaient un visage nouveau. Entre temps la population européenne augmentait. Les Français venaient du Midi (Gard) et les Espagnols de Valence, d’Alicante, de Murcie, d’Almeria. Une vingtaine de fermes faisaient la culture du coton. La ville connaît alors un développement prodigieux, mais les maladies, la sécheresse, les récoltes insuffisantes, les sauterelles freinaient tout progrès. Le commissaire civil Sylvestre, chargé de recevoir Napoléon III, appelle Relizane la « Cayenne d’Algérie ». Ajoutons à la catastrophe naturelle, les évènements qui ont précédé le voyage impérial et dont les séquelles firent la raison principale de l’incident de mai 1865. Dans le Sud oranais éclatait la révolte des Ouled Sidi cheikh, révolte due au mécontentement depuis 1860. Les désillusions et promesses non tenues par l’occupant et l’arrogance de plus en plus marquée des Européens, civils et militaires, sont à l’origine d’une des plus grandes insurrections qui allait durer jusqu’en 1896. Le nord de la province n’échappa point au mouvement insurrectionnel dirigé par Sidi Lazrag Belhadj, chef d’une zaouïa remuante près de Zemmoura et autour de laquelle s’agitait la puissante confédération des Flitas. Sidi Lazrag se décida à livrer bataille aux Français remportant quelques succès. Le danger menaçant Relizane était imminent. Colonisation contre résistance, les Flitas attaquaient successivement Ammi Moussa, centre récemment créé (1840) sur la rive gauche de Oued R’hiou. « Les hommes, écrit Lapasset, pour défendre la terre et l’honneur, se levaient sans armes en se lançant sur les colonnes françaises surtout que les hommes de Sidi Lazreg furent renforcés par les Mhals et les Bani Ouragh. » « Les hommes se jetaient sur les murs de la redoute, ajoute Lapasset, pour y faire une brèche avec des pioches mais deux tentatives échouèrent devant le feu nourri des 174 hommes de la garnison. Les Flitas se retiraient après avoir saccagé la place. En même temps Zemmoura était attaquée. » Le pays fut dévasté par des raids, l’insécurité généralisée et les fréquents ratissages. Les Flitas et les Beni Ouragh subirent durant un an le poids des deux colonnes françaises. Le journal de marche du colonel Lapasset en dit long sur la férocité des troupes d’occupation et leur volonté de tout brûler, de tout prendre... Une fois le bordj de Zemmoura débloqué, les Français se préparaient à défendre Relizane. La ville était ouverte à tous les vents, on la défendait avec tous les moyens matériels et humains. ...
Suivra.....
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